Dans la Maison de...Letizia Calcamo

À la fois directrice de la communication dans les cosmétiques, maman de deux adorables petits garçons et portée par de nombreux projets associatifs, Letizia Calcamo est sur tous les fronts. C’est non sans humour qu’elle dénonce certains travers du monde de l’entreprise face à la maternité. Un récit familial aux airs de dolce vita, structuré par une organisation hors pair.

“Je m’appelle Letizia Calcamo, j’ai 36 ans et j’habite Pantin. Mon père est sicilien et ma mère franco-algérienne. La méditerranée est omniprésente dans ma vie. Je suis en couple depuis plus de 10 ans avec Romain Touitou et nous avons deux enfants : Marcello, 7 ans et Niccolo, 3 ans. 
J’ai rencontré mon mari en 2010 à l’anniversaire d’une amie commune. On venait tous les deux de rompre d’histoires d’amour plutôt intenses. C’était l’été. On était beaux et bronzés... On ne se souvient plus de rien car on avait trop bu. Nous n’avons donc pas vraiment de date d’anniversaire… on ne sait plus très bien quand tout cela est arrivé !

Avec Romain, nous sommes une équipe. Nous avons des caractères très différents. Il est très calme, discret, casanier et j’ai une forte personnalité, je râle pas mal et j’adore la fête. Pourtant, étrangement, ça marche. Nous sommes dans une relation très juste et complémentaire. On s’accepte sans essayer de se travestir pour plaire à l’autre. Avec le temps, on se joue de nos défauts pour pouvoir les surmonter et avancer ensemble. Par exemple, lors de ma première grossesse, j’avais anticipé un maxi baby blues. J’avais briefé en amont Romain sur les choses à dire et ne pas dire, les blagues à éviter. On s’était préparés à ce que je chiale tous les jours et que je l’envoie balader. Nous avions fait des plans anti Rancita (mon surnom) et finalement rien… On avait réussi à exorciser nos peurs à force d’en parler et d’en rire.  


MAISON YAYA - Dans la Maison de...Letizia Calcamo

Letizia et Romain Calcamo
 

Marcello et Niccolo étaient des bébés désirés et attendus. J’étais évidemment très heureuse à chaque fois. Après des années de pilules, on a toujours un peu la crainte que ça ne marche pas…  Nous avons beaucoup de chance. De la grossesse à la naissance, la découverte est un moment plein d’émotions contradictoires, la joie, la peur, l’amour, l’appréhension… On ne peut jamais être vraiment prêt pour un tel changement mais nous pensions l’être. Nous étions déjà tous les deux très “papa et maman dans l’âme”. Pour Marcello, j’étais assez jeune pour notre époque. J’avais 29 ans. J’étais pionnière dans mon entourage. Je me souviens encore de mes amies qui me proposaient d’aller dîner au bar à vingt deux heure à six mois de grossesse… 

Pour Niccolo, il y a eu moins d’excitation de l’entourage, c’est le deuxième... Pour nous, on repartait à l’aventure ! Pour le choix des prénoms, pour Marcello on était unanimes. Pour Niccolo, on a beaucoup hésité entre Niccolo, Vito et même Rocco… Niccolo, j’en suis certaine, sera ravi d’avoir échappé à cette dernière option! 

 

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Marcello et Niccolo

 

Mes grossesses se sont bien passées mais ce n’est pas un moment que j’ai particulièrement apprécié. Je l’ai plutôt vécu comme une parenthèse, un passage obligé. Pour Marcello, j’étais la première de la classe. Beaucoup de lecture, de préparation à tout : la chambre, les vêtements, l’accouchement... Tout était organisé et prêt. Moi qui suis très control freak, j’étais extrêmement sereine… Organisée mais pas flippée. J’ai fait du diabète de grossesse. Un mal pour un bien, car j’étais au régime et je suis restée très en forme jusqu’à la fin. C’était une grossesse hivernale donc le bon moment de l’année pour rester à la maison, se reposer. Marcello est né au printemps ! Parfait timing pour retrouver mes amis en terrasse en porte bébé. 

Pour Niccolo, c’était différent. J’ai éprouvé beaucoup moins de stress autour de la grossesse, de l’accouchement. D’un autre côté, l’entourage est aussi moins "intéressé" que pour un premier. On se sent un peu moins entourée...  
A l’arrivée de Niccolo, Marcello était un petit garçon de trois ans difficile. C’est un hypersensible, extrêmement attentif à ce qui se passe autour de lui. Il est très empathique. Aujourd’hui, je lui fais part de mes faiblesses, de ma fatigue ou de mes doutes. Nous avons de longues conversations tous les deux sur la différence, la douleur, les autres. Des conversations difficiles parfois. J’aimerais qu’il ait plus confiance en lui et qu’il apprenne à contrôler ses émotions pour ne pas les subir. J’aimerai qu’il se laisse aller au bonheur. Il me ressemble beaucoup… A la naissance de son frère, nous avons déménagé. Il a fallu l’accompagner particulièrement pour les divers changements que nous traversions. Pour ma part, déjà sensibilisé par la grossesse, c’était une charge mentale et physique supplémentaire. Pour ce second bébé, j'appréhendais énormément l’après. Est ce qu’on va y arriver? Est ce que nous n’avons pas surestimé notre capacité à gérer deux enfants? Est ce que Marcello va aimer son frère?

Niccolo est né en novembre, mois le plus sombre de l’année. Bien que j’avais besoin de temps à la maison et encore plus de temps seule avec mon fils, je n’ai pas du tout apprécié ce congé maternité. J’étais épuisée, on venait de s’installer, nos voisins tapaient au mur dès que les enfants pleuraient. J’étais déprimée et j’avais vraiment envie de partir, d’avoir la paix ! Ce sentiment est passé mais cette première année a été très difficile. Aujourd’hui, Niccolo est un comique avec une imagination débordante. C’est un petit tyran. Nous le surnommons Benito. Qu’est ce qu’il est drôle ! Avec un bout de ficelle et un verre d’eau, il imagine la conquête d’un bateau pirate ! Nous avons une relation assez ludique pour le moment. Nous rions beaucoup et partageons des moments de jeux.

Les scénarios de mes accouchements se sont déroulés sans surprise. J’ai été déclenchée deux fois. Pour Marcello, Romain est resté avec moi tout le temps. Je ne sais pas pourquoi, je pensais devoir faire poser la péridurale le plus tard possible. J’ai beaucoup souffert jusqu’à ce que l’infirmière me dise que j’avais dépassé le quota de morphine et qu’il fallait y aller. Romain a bien rigolé avec mes montées de tranquillisant ! Après 33h, le petit Marcello est enfin né. Bonheur, pleurs, choc, étrangeté, encore une fois beaucoup de sentiments mélangés.  
Pour Niccolo, tout le monde m’avait dit que ça serait plus court et bien non ! Déclenchée à J+6 et 37h de contractions avant de passer en salle de travail. C’était tellement long que l’hôpital m’a changé de service pour ne pas bloquer de lit. J’avais même dit à Romain de rentrer chez nous… Évidemment c’est pendant son absence que les douleurs ont commencé à être insupportables. Personne dans le service n’était disponible pour me soulager. J’ai dû descendre à la maternité toute seule. Et là je me suis retrouvée dans un film. Je soufflais comme une malade en salle d’attente à côté de femmes qui venaient juste faire un monitoring de contrôle. Une sage femme est enfin venue me chercher et elle s’est vite rendue compte que la douleur était beaucoup trop forte pour un petit spasfon... Soufflez, soufflez ! Je commençais à crier de douleur. Je ne pouvais plus marcher. Plus de chaise roulante disponible, la chaise de bureau fera l’affaire ! “Mettez lui un drap pour la cacher quand même” ! L’anesthésiste arrive pour une péridurale en urgence ! J’en rigole aujourd’hui mais il ne faut vraiment pas être angoissée pour vivre cela. Merci au médecin de m’avoir piquée correctement malgré mes hurlements. Romain est arrivé à ce moment-là mais je n’ai accouché que beaucoup plus tard. Mes enfants sont bien dans mon ventre… il n’y a aucune règle, chaque nouveau né écrit une nouvelle histoire.

C’est le corps humain qui m’a le plus impressionné. La tension de la peau, les mouvements du ventre pendant les contractions, le corps qui expulse un corps… La femme est tel un animal. De la machinerie de l’accouchement à celle de l’allaitement en passant par les fringales ciblées en fonction de nos carences ou l’attraction à l’odeur de son enfant, son cuir chevelu plus particulièrement, tout m’a rappelé à notre nature animale qu’on essaye très souvent de nous faire oublier et qui nous explose en pleine figure avec la naissance d’un enfant. Nous sommes des animaux !

Le trajet de retour de l’hôpital avec son bébé est un moment particulièrement émouvant. Un sentiment de  super puissance et une extrême vulnérabilité en même temps. L’arrivée d’un enfant apporte beaucoup de joies : les longues siestes avec le bébé, les balades, les câlins et la découverte de l’autre. Mais des galères aussi : les coliques, les pleurs, le manque de sommeil, le sentiment d’être livrée à soi même. Si je peux donner un conseil avec le deuxième, ce serait de ne pas sortir de l’hôpital un vendredi soir… il n’y a pas école le samedi, ni le dimanche ! Aller au parc avec son grand, qui nous manque et c’est pour cela qu’on le fait, à 4 jours de l’accouchement, c’est beaucoup trop intense. 
Dans la vie, je suis directrice communication dans la cosmétique. J’ai travaillé une dizaine d’années dans la mode en tant qu’attachée de presse chez Kenzo et Maison Margiela notamment. 

Je n’ai pas toujours voulu travailler dans la mode mais cette industrie m’a toujours attirée. En primaire, j’ai souvent été “bullied” parce que je n’avais pas de vêtements de marques, je n’étais pas à la mode… J’en ai beaucoup souffert. Dès que j’ai eu l’âge légal, j’ai travaillé pour pouvoir me payer mes propres vêtements avec un très gros penchant pour les chaussures. Ma petite revanche certainement.  

Pourtant travailler dans la mode n’était pas encore une évidence. J’ai fait des études de lettres modernes puis de médiation culturelle. J’étais intéressée par le mécénat d’entreprise. J’ai d’ailleurs travaillé un an en tant qu’attachée de presse dans l’art pour la FIAC et Les Rencontres d’Arles. J’ai finalement intégré le bureau de presse TOTEM spécialisé dans la mode et j’ai adoré. J’ai fait des rencontres extraordinaires, vécu des moments inoubliables, drôles, très drôles… de ceux qui deviennent des histoires à raconter incroyables pour qui ne travaille pas dans la mode. Acheter les antidépresseurs de son boss, faire changer les étiquettes de vêtements d’un autre pour lui faire croire qu’il fait toujours un 36, découvrir Grindr et tout ce qui va avec, faire la porte des aftershows enceinte, rester au téléphone avec une styliste jusqu’à ce que son DHL arrive et j’en passe ! 

Mais j’ai finalement quitté Maison Margiela il y a trois ans pour rejoindre Shiseido. Après plusieurs mois de recherche et malgré mon expérience,  j’ai constaté que l’industrie de la mode m’offrait toujours les mêmes perspectives : attachée de presse dans une Maison. Jamais de poste de responsable. Jamais de poste avec des missions transversales ni réellement stratégiques. Ce que j’ai pu réaliser dans le secteur de la beauté. Au-delà de ma propre expérience, j’ai réalisé à quel point ce secteur peut être misogyne et cultiver l’entre soi. J’ai appris plus tard qu’un bureau de presse n’avait pas souhaité me contacter car ils avaient découvert que j’avais deux enfants…  


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Letizia et ses deux garçons

 

A mon sens, nous sommes toujours dans une société où nous culpabilisons d’annoncer notre grossesse. Personnellement, j’ai plutôt eu de la chance que ce soit chez Kenzo ou chez Margiela. L’après grossesse fut différent. Je n’ai jamais pu aller chercher mes enfants à la crèche et encore moins à l’école. Je ne partais pas avant 18h et il y avait quand même régulièrement des remarques sous forme de blague sur l’heure de mon départ. Je ne laissais pourtant rien derrière moi. Je m’en fichais donc cela ne m’a pas affectée plus que ça. Cependant, j’imagine que certaines personnes plus fragiles, peuvent se sentir obligées de rester jusqu’à 19h30. Ces stéréotypes sont toujours bien présents dans le monde du travail. 
C’est assez contradictoire, car notre société glorifie également le fait d’être mère. Ce serait comme l’acmé de la vie d’une femme (!!!) et cela justifierait donc le sacrifice de sa carrière, allons donc!

Je pense n’avoir jamais fait peser le poids de ma parentalité sur l’entreprise, pourtant, l’entreprise n’a jamais considéré que certaines règles, certaines décisions pouvaient peser sur ma vie de famille ou ma carrière. On m’a refusé une augmentation deux fois car j’étais enceinte puis parce que j’avais eu un congé maternité dans l’année. On m’a retiré ma place de scooter car comme j’étais enceinte je n’étais plus censée en conduire… 

Romain est un père présent pour ces enfants. Nous avons une répartition très égalitaire dans l’organisation de notre vie de famille. Cela ne pourrait pas être autrement. Selon moi, c’est ensemble que nous pouvons y arriver et certainement pas avec le sacrifice d’un des parents. Nous avons perdu toute notre spontanéité, nous avons un agenda partagé sur Google ! Le principal, c’est que nous arrivons à faire tout ce que nous aimons: notre travail, voyager, faire du sport et voir nos amis.

 
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Romain Calcamo et Niccolo

 

Aujourd’hui avec le télétravail, l'organisation a vraiment changé. Je vais chercher mes enfants tous les soirs quand les écoles sont ouvertes. Je peux également les emmener au parc avant de passer au rituel du soir : prendre un bain, manger, dormir. Je n’ai pourtant pas changé ma manière de travailler. Nous sommes dans une société qui valorise la productivité, la quantité de travail effectué chaque jour. Je me trouve même encore plus efficace au travail depuis que je suis maman. Je suis plus sereine, je stresse moins. Je suis dans un équilibre travail et vie personnel plus apaisé. Cela me permet de vivre les périodes de rush ou de voyages beaucoup plus aisément. 

En 2016, sur mon trajet domicile-travail, je passais tous les matins à Jaurès en scooter devant les camps de réfugiés de ce quartier. Des personnes distribuaient le petit déjeuner. J’ai commencé par leur apporter des provisions. Rapidement, j'ai distribué par moi-même et mis en place mon propre projet associatif. Avec ma meilleure amie, nous avons fondé “Va Faire Cuire un Oeuf” pour pouvoir récolter des dons. L'œuf, c’est le produit que nous proposions aux familles dans le besoin: des œufs durs, plein de protéines dont toutes les nationalités raffolent. Par la suite, grâce au patron de Romain, Marc Grossman de Bob’s Food, nous avons fait des dîners caritatifs qui ont très bien fonctionné. Ils nous ont permis d’acheter des vêtements chauds, des tentes, et encore plus de repas.

Aujourd’hui, l’association est en pause mais nous continuons à aider les gens que nous connaissons et suivons. Nous avons également participé à une grosse collecte à Noël. Nous agissons en fonction des opportunités et des rencontres. Ce projet est important pour moi car j’ai à cœur de rendre un peu de ce que j’ai reçu. Avec mon réseau et mes compétences, je me suis rendue compte que j’étais capable d’aider les autres à mon échelle. Et c’est d’ailleurs beaucoup plus que ce que je ne pensais. 

Je souhaite transmettre à mes deux enfants ces valeurs. J’aimerai qu’ils apprennent à être justes, à respecter les femmes et à rendre un peu de ce qui leur a été donné. Si je réussis cela, ce sera déjà très bien.


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La famille Calcamo