Dans la Maison de...Sophie de Roquemaurel

Je m'appelle Sophie, j'ai travaillé dans la communication et le digital à Paris, en Scandinavie et en Inde. En ce moment, je fais une parenthèse pour me consacrer à ma famille : Guillaume, mon mari et Alma, ma fille de 3 mois. 

J'ai découvert ma grossesse le dernier jour du confinement. Nous étions isolés dans la maison de mon mari en Auvergne, où nous avons vraiment découvert une autre organisation de vie, dans le temps long - nos sorties se résumaient à des courses alimentaires tous les dix jours. Tout était soigneusement planifié, consommé. Notre plus grande fierté résidait dans le nombre de repas fait avec un seul poulet - 5! si vous demandez.  Ces mois de confinement ont été une période très saine, très créative : j'ai beaucoup écrit, jardiné, lu, écouté, partagé. J'étais à mille lieux d'imaginer que je réaliserai ma plus belle création. Pour la petite histoire, Il semblerait qu'Alma ait été conçue le jour de Pâques. J'avais organisé une chasse aux œufs pour mon mari... Maintenant, je me dis qu'il a pris le jeu un peu trop au sérieux !

J'ai découvert ma grossesse à 35 ans. L'âge ne m'avait jamais inquiété. Ou plutôt, j'ai toujours su que j'aurais un enfant "tard". Ma grand-mère a eu son premier enfant à 35 ans, ma mère a eu son premier enfant à 35 ans, il était naturel que je continue sur cette lignée. A l'annonce de ma grossesse, je suis vraiment passée par toute la palette des émotions, la joie et le bonheur évidemment, mais aussi la peur, la panique et des vraies remises en question. 

 

MAISON BAMBAYA - Dans la Maison de... Sophie de Roquemaurel

 

J'ai été très étonnée car je m’attendais à me “sentir enceinte”. J’ai pensé que ça devenait un état conscient. Et bien, pour ma part, ça n’a pas été pas une évidence. Bien sûr, il y a les symptômes, mais je ne me suis sentie ni enceinte, ni future mère dans mon corps avant un stade avancé de grossesse. Cela m'a beaucoup chamboulée, parce qu'on est autre mais rien ne change, et j'ai vécu ma grossesse parfois même comme un événement extérieur. Les échographies, par exemple, c'est le bonheur, la joie parce que mon bébé allait bien mais j'avais du mal à conscientiser que cette adorable personne qu'on voyait à l'écran était dans mon ventre. Tout cela est une histoire de contrôle, moi qui suit beaucoup dans la maîtrise, j'ai perdu pendant ces mois le contrôle de mon corps et même un peu de mon esprit. Je compensais en me sur-informant, à un point où je perdais un peu le sens inné et naturel d'une grossesse. Heureusement, j'ai fait la préparation à l'accouchement avec mon amie Florence qui est une sage-femme géniale. Elle m'a conseillé la sophrologie. J'ai fait des séances avec Saïra Syed, qui est formidable, et ça m'a beaucoup aidé à "prendre pied" dans ma maternité. J'ai aussi suivi la méthode Epi-no, cela m'a beaucoup aidé. Ce sont des exercices qui ont pour but d'assouplir le périnée. Mais là où les exercices m'ont le plus aidé, c'est à me redonner un peu de ce fameux contrôle et à me donner confiance en moi et en mon corps pour le jour J. 

Rien que pour ça, je recommande cette méthode. 

Avec tout ça, j'ai beaucoup réfléchi à ce que c'était "être une maman", et j'en suis arrivée à une évidence: Les mamans, c'est toutes celles qui se soucient pour leur bébé. Qu'elle le tienne dans les bras ou pas. En ce sens, toutes les femmes qui essaient d'avoir un bébé, qui sont dans des parcours douloureux, difficiles, longs et même parfois quand ce bébé n'arrive jamais, toutes ces femmes sont des mamans, au moins autant que moi. 

Le choix du prénom s'est fait très simplement, Guillaume et moi avons été assez vite d'accord : nous voulions un prénom qui transcende toutes les cultures, de jolies alliterations avec notre nom de famille. Alma, c'est la nourricière, la généreuse, des valeurs fondamentales pour nous. Son dernier prénom est Aimée, car c'est le sens de sa venue parmi nous. Alma est née un lundi après-midi de janvier, elle est arrivée très vite. Je me souviens de ce moment, suspendu dans le temps, avant la dernière poussée, la prochaine, on sait qu'elle sera là. J'ai regardé mon mari, il était déjà très ému, j'ai gravé en moi cet instant, le dernier tous les deux, "dans l'ignorance"... Et puis, Alma est arrivée. C'est comme si cette salle grise d'un après-midi d'hiver s'était soudain illuminée. 

J'ai été entourée de beaucoup de douceur et de professionnalisme à la maternité, tout le personnel soignant était formidable, à l'écoute, très "supporter". Ça m'a paru assez fou que ces professionnels, qui voient des dizaines de naissances par jour, restent "émerveillés" par le miracle de la vie. Ce qui m'a le plus étonnée c'est le "baby blues" des premiers jours, peut-être la sensation la plus étrange de ma vie. Personne ne me l'avait décrit comme cela : Certes j'étais fatiguée, mais j'étais heureuse. Et pourtant, les larmes coulaient, et je pleurais à plein tube, sans que mes pleurs ne soient corrélés à mon état d'esprit. Si cela m'était arrivé un autre jour, j'aurais pensé à un problème de canal lacrymal. J'ai été également surprise par cet amour qui emporte tout. Et pourtant on me l'avait dit et répété, "c'est la plus belle chose au monde, ta vie va changer, etc..." La joie d'accueillir un enfant ne se décrit pas par des mots, elle se vit. Je pense que c'est impossible à comprendre avant de l'avoir expérimenté. D'ailleurs, je crois qu'une des premières choses que j'ai fait après la naissance d'Alma, c'est de m'excuser auprès de mes amies qui avaient eu des enfants avant moi. Je me suis rendue compte qu'avant l'attente d'Alma, je n'avais pas compris l'ouragan que c'est d'être parents. Certes, j'avais écouté, mais je n'avais pas posé les bonnes questions. J'avais été présente mais pas pour les moments les plus durs. J'avais "aidé" mais je ne m'étais pas "investie". Je suis sûre que c'est quelque chose que beaucoup de nouveaux parents réalisent : qu'ils n'ont pas toujours été très utiles quand leurs amis sont devenus parents, et que leurs "amis pas-parents" sont maintenant parfois eux aussi à côté de la plaque. On leur pardonne à tous! 

Une autre de mes découvertes, c'est l'élan de solidarité entre mamans (déjà ou à venir), c'est génial, c'est tellement fort, ça vous englobe dans une bulle, elles vous soutiennent et elles vous font allez bien - et ça du coup, ça compense les maladresses des "amis-pas-parents" - Trouvez les autour de vous (même si elles sont dans un cercle d'amis éloignés) ou même en ligne! 

Alma est rentrée à la maison un jour de neige. Quand elle a franchi le pas de la porte, dans son cosy, elle avait un petit flocon sur le nez. Ce retour, je l'ai vécu comme un moment de magie : les premières fois!!! Tout est incroyable, le premier change, la première nuit dans notre chambre, le premier petit-déjeuner à trois, les premières après-midi dans le salon... J'aurais aimé avoir une Go-pro fixée sur le front pour tout filmer, et ne jamais rien perdre de ces moments si précieux. Je ne suis pas allée jusque-là, mais j'ai tout de même pris mon courage à deux mains pour écrire ces moments, afin de les graver dans mon cœur, et pour pouvoir les raconter à Alma plus tard. 

 

MAISON BAMBAYA - Dans la Maison de...Sophie de Roquemaurel-Doré

Sophie et Alma

 

Son papa et moi, on le répète souvent : Alma, c'est le modèle bébé pour parents débutants. Tout a été simple et fluide dès le début, et on mesure notre chance.

La vie avec Alma, c'est un émerveillement constant. Chaque jour, elle s'éveille un peu plus au monde, et chacune de ses petites victoires est une joie pour nous. Il faut s'imaginer ce que c'est être un nouveau-né, et de tout découvrir, à commencer par l'espace, le vide, la matière, les sons, ses mains, ses pieds, ses parents... Ce qui se passe dans leur tête à chaque moment doit défier notre compréhension de l'apprentissage. Les bébés ont tout à nous apprendre.  

Tout ce que j'aimerais transmettre à ma fille est dans son prénom : Alma / Aimée, c'est l'alpha et l'omega des valeurs que je veux cultiver avec elle.

Le partage, l'amour. Cultiver, et pas "apprendre", car je crois que les enfants ont naturellement cela en eux : partager, dépasser la peur, aller vers l'autre, s'aimer soi pour aimer les autres.

 

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Guillaume et sa fille Alma