Dans la Maison de... Pauline Weber

Journaliste indépendante et passionnée de culture au sens large, Pauline Weber écrit pour des supports à l’image de Paulette, Paris Match, M le Monde et Beaux-Arts Magazine. Mais aussi pour des marques de mode et des artistes. Un beau jour, Romain réapparaît dans sa vie, lui qu’elle connaissait vaguement du lycée. Manque de bol, il vit à Montréal et elle à Paris. La relation grandit malgré tout, nourrie par des racines communes puisque nés tous deux à Nice. Après trois ans de relation et contre toute attente, Pauline tombe enceinte. Un bonheur absolu qui réveille néanmoins des peurs inconscientes. Celles de devenir adulte. 

“Mon entrée dans la maternité a été une grande surprise. J’étais sur la voie, mais je n’avais pas encore conscientisé cette envie. Les conditions n’étaient pas réunies puisque mon conjoint vivait à Montréal. Compliqué de devenir parents lorsqu’un océan nous sépare ! Au mois de novembre 2017, j’ai arrêté la pilule un peu par hasard. J’étais en reportage à l’étranger et à court de plaquettes. Puis à la réflexion, j’ai décidé d’en rester là, de ne pas la reprendre face aux scandales liés à la contraception. J’ai commencé la pilule à l’adolescence, pour toutes les raisons esthétiques qu’on nous inflige telle que la régulation de l’acné. Peu à peu le doute s’est installé, j’étais fumeuse intermittente, je ne voulais pas prendre de risques en ingérant des hormones quotidiennement. Romain le savait. Nous n’avions pas de projet d’enfant et j’étais, sans raison particulière, persuadée d’être stérile. Passé la trentaine, on entend des histoires rocambolesques. Ma gynécologue ne m’avait pas non plus rassurée. Je ne me suis pas méfiée et je suis tombée enceinte entre Noël et le Nouvel An.

Avant de tomber enceinte, je ne connaissais rien à la maternité. Personne autour de moi n’avait d’enfants. On était un groupe d’amis artistes. On était jeunes, libres, sans contraintes... On sortait la semaine si l’envie nous en prenait. Cela me plaisait d’avoir mon propre rythme, sans comptes à rendre à personne. En ce sens, ma relation à distance avait du bon. Nous avions nos moments à nous, sans jamais s’étouffer. 

J’ai commencé à avoir mal à la poitrine. Je pensais que c’était dû à l’arrêt de la pilule. J’étais dans le déni total. Avec le recul, il y avait sans doute ce désir inconscient entre Romain et moi mais on se le disait pas comme des gosses. Si je n’avais pas eu envie de ce bébé, j’aurais pris mes précautions. Je suis quelqu’un qui maîtrise tout ce qu’elle fait donc même si je ne voulais pas me l’avouer, mes actes n’avaient rien d’innocent.

J’ai appris que j'étais enceinte le jour du Blue Monday à la suite d’une retraite de yoga où je me suis résolue à faire un test. J’étais toute seule, dans un petit coffee shop parisien. Le café Marlette, rue du Faubourg Poissonnière. Positif. J’étais tétanisée. J’avais peur de l’annoncer à Romain… Quel challenge que de consolider une relation à distance avec un bébé au milieu. Et pourtant, Romain a accueilli la nouvelle avec beaucoup de joie. Sa famille aussi. Quand il l’a annoncé à son père : il lui a répondu en riant « ah ben enfin tu t’y mets ! » pour dire.

Nous avons convenu que je ferai des allers retours pendant ma grossesse et qu’il reviendrait en France à la fin de l’été pour la naissance. Nous n’avons jamais vécu ensemble avant l’arrivée de notre fils. Il est vrai que cela n’est pas commun. Mais je crois que passé 30 ans quand on a déjà vécu des histoires d’amour longues et des ruptures généralement assez douloureuses, on a le mérite de savoir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Nous avons donc réussi ensemble ce pari gagnant. 

Lors de mon premier mois de grossesse, nous étions en pleine Fashion Week parisienne. Il y avait encore beaucoup de soirées et j’étais tiraillée. Je ne pouvais pas en parler mais j’avais envie de sortir pour fêter cette nouvelle à l’image d’un enterrement de vie de jeune fille. Une dernière fête avant de devenir maman. Au début, je ne disais rien. Je me suis octroyée quelques cigarettes… Romain l’entendait quand on se parlait au téléphone et quand il me voyait à droite à gauche la nuit sur les réseaux sociaux, il me disait avec affront  “j’ai confiance en toi, j’espère que tu ne fais pas de bêtises”. J’avais des difficultés à quitter d’un coup ma vie d’avant et paradoxalement je voulais déjà préserver mon bébé comme une louve. 

 

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Avant de tomber enceinte, j’étais très mince. J’étais heureuse que ce soit arrivé facilement mais j’avais peur de ne plus reconnaître mon corps post partum. J’ai pris environ vingt-cinq kilos. Pour moi, ce reflet, cette mutation inexorable était difficile à accepter. Très vite, à trois mois de grossesse, ma garde robe ne m’allait plus. C'était comme un deuil de voir mon ventre sortir si vite. Je pense avoir enterré ma silhouette de jeune fille lors de cette période. Ça s’est fait dans la douleur. Moi qui aimait cultiver mon côté femme enfant, je pouvais oublier mes jeans tailles hautes et mes jupes courtes. 

Je vivais mal ma grossesse. En plein été alors que j’entrais dans la dernière ligne droite, je pleurais littéralement. Je pensais à toutes les fêtes loupées. J’étais obsédée par les fêtes. Les rares fois où je bravais la fatigue pour sortir, je n’assumais pas le regard des autres. On me disait "sois prudente, ne rentre pas à vélo, ah non les sushis c’est interdit. Fais attention à la fumée de la cigarette etc..." Je me sentais rabaissée car cela venait toujours d’hommes qui ne sauront jamais ce que c’est de porter un enfant. Je trouve que la culpabilisation de la femme enceinte ne devrait pas exister. Elle est souvent déplacée et hors de propos.

Ces neuf mois m’ont fait l’effet d’être reçue à l’examen de ma vie, pour lequel je ne m’étais pas présentée. J’en suis ressortie avec un 20/20 non sans gêne pour toutes les femmes de mon entourage qui désiraient un enfant sans y parvenir. Moi, je ne l’avais pas forcément demandé.

L’acceptation a été un long processus. Je me devais de passer le flambeau. Je ne serai plus jamais “la petite fille”. J’allais être mère. C’est une ambivalence qui a toujours existé chez moi. Je suis la dernière de la famille, tout en étant très maternelle. Je me suis par exemple toujours occupée de mes grands frères. La matrescence, contraction de maternité et adolescence, est un concept qui m’a suivi pendant longtemps. Avec le recul, c’était le symptôme de quelque chose de plus profond : la peur de devenir adulte. Car je crois que la vie d’adulte fait peur par sa monotonie, ses contraintes, son manque de fantaisie. J’en parlais il y a peu à une amie qui avait peur de perdre sa liberté en devenant adulte. Elle me dit “on rêve moins en grandissant…” Je l’ai rassurée. Devenir mère ne m’empêche pas de rêver ni de voyager ! Il y a des ajustements, des concessions à faire car oui donner la vie est un sacrifice beaucoup plus important pour la femme que l’homme mais c’est aussi le plus beau des dons, le seul vrai pouvoir qu’on a, nous les femmes, sur le sexe opposé. Donc il faut l’accueillir avec joie, se faire confiance et ne pas avoir peur. 

Roméo est né un jeudi. Il était minuit passé... dans la nuit comme je l’avais prédit. Pour l’anecdote, mon fils a poussé son premier cri dans la même clinique que Romain et moi à Nice dans le sud de France. 

Cet enfant a été conçu dans l’amour, un amour très fort, tellement fort qu’il me donne le vertige parfois. Il a résisté, il s’est accroché, s’est fait une place en dépit de mes réticences, de mes peurs, de mes vieux démons. Je dirai même qu’il m’a sauvée. « Tu seras heureux mon beau Roméo, compte sur moi » lui ai-je susurré à l’oreille. Roméo, c’est un prénom fort parce que ça représente un personnage à la fois romantique mais aussi dramatique. Puissant et sensible. Et pour cause, il a du caractère mais il est aussi câlin et affectueux. Il aime beaucoup les filles et il adore le rose (rires). 

Après sa naissance, j’ai eu très rapidement envie de ressortir. J’avais comme une sorte de crédit à consommer. Une carte cadeau des soirées loupées. Cela me hantait. Toujours dans cette ambivalence, j’avais à la fois des activités de café poussette et en même temps je disais à Romain “ce soir, on va prendre une baby sitter et on va aller à cette soirée”. 

Je me souviens, à la fin de l’été, il y avait une fête sur le toit du Musée d’art moderne et contemporain de Nice. C’était un concert électro à côté de chez mes parents. Je déteste l’électro mais j’avais besoin d’y aller. On m’a laissé passer aux toilettes en premier car j’avais encore le ventre arrondi. Romain était décontenancé, désabusé. Il se disait qu’une maman n’avait rien à faire là avec sa bière à la main. Pour moi, c’était salvateur. J’avais ressenti tant de pressions entre le personnel médical qui me parlait comme si j’avais 4 ans à la clinique et l’entourage qui devenait vraiment hystérique avec ce bébé. Je recevais des cadeaux de personnes que je ne connaissais même pas. C’était hyper touchant mais sur le moment, je perdais pied. Je n’avais pas eu le temps, moi-même, de digérer cet évènement et j’avais besoin de retrouver mon corps et de me dire qu’avec Romain; même en étant parent, on serait toujours très drôles. 

Les mois ont passé et tout s’est équilibré. Aujourd’hui, Roméo a deux ans et demi. 

Lui et moi sommes actuellement en Polynésie chez mon frère cadet qui vit là-bas. Romain est resté à Paris contraint par son travail qu’il ne peut pas faire avec 11h de décalage horaire. Cette séparation de plus d’un mois nous convient. Nous le vivons bien. Romain conçoit que nous avons de la chance avec Roméo d’être loin de l’ambiance étouffante et stressante de la crise sanitaire actuelle. Roméo à une nouvelle garderie. Il s’adapte vite.  Je m’inquiète beaucoup mais je suis confiante. Je veux son bonheur plus que tout au monde et surtout je veux qu’il soit libre, autonome et attentif aux autres. Je sais que je suis une bonne maman, peut être peu conventionnelle mais qu’importe. Je ne crois pas aux schémas préconçus et dans tout ce grand bazar, je me suis trouvée. Nous nous sommes trouvés. Quand je l’entends rire aujourd’hui, je me rends compte à quel point le bonheur de ses enfants est précieux. Il ne faut jamais au grand jamais voler à ces petits êtres leur enfance, leur innocence. C’est le plus beau des cadeaux, on doit à tout prix préserver ces moments, les laisser grandir en paix, pas à pas, à leur rythme. Je donnerai n’importe quoi pour revenir en arrière et je remercie mes parents de m’avoir tant aimé. »

Pauline Weber

 

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Pauline, Romain et leur petit Roméo