Dans la Maison de...Media Habibzadeh

 

"Je m’appelle Media Habibzadeh, je suis née en Iran, à Téhéran et j’ai vécu en Allemagne où nous nous sommes installés ma mère, ma sœur et moi, lorsque j’étais adolescente. Malheureusement, mon père et mon frère n’avaient à l’époque pas pu nous rejoindre. J’ai obtenu mon baccalauréat dans un lycée bilingue franco-allemand. Mon diplôme m’a donné le courage de m’installer en France, à Paris, toute seule, pour faire ce que l’on appelle en Allemand “auf dem Selbstfindungsweg“. Cela signifie “ trouver son chemin et se trouver soi-même". Je partais en quête de ce que je voulais faire dans la vie ! 

Après des études de langues, littérature et civilisations étrangères à la Sorbonne, j’ai obtenu un master dans une école de communication. Puis, je suis partie à Londres pour mon premier emploi, en tant que campaign manager dans la publicité. Aujourd’hui, je suis consultante en publicité digitale et designer de technologie publicitaire. Mon mari s’appelle Faheem. Originaire du Pakistan, il est né et a grandi à Hong Kong, baigné dans une culture anglo-saxonne. Par la suite, il s’est installé en Angleterre dans la poursuite de ses études et de sa carrière. C’est là-bas que nous nous sommes rencontrés. Plus précisément en été 2015, à Coven Garden où nous étions tous les deux salariés. Nous étions collègues et donc réticents à l’idée de nous fréquenter. Nous souhaitions que nos rapports restent professionnels. Un beau jour, Faheem a été promu dans un autre département, il n’était officiellement plus au même étage et nous avons commencé à nous fréquenter en dehors du travail. Lorsque j’ai accepté un poste dans une autre société, que nous nous sommes mis en couple pour de bon. Depuis, nous sommes inséparables. Un an plus tard, je suis retournée vivre à Berlin. Faheem m’a suivi. Quatre ans plus tard, nous sommes devenus les plus heureux parents du monde d’un merveilleux petit garçon.

Cela faisait déjà un moment que nous pensions à faire un enfant ensemble. On voulait être prêt. Parfois, on imaginait ce que serait notre vie avec un bébé et dans un premier temps, nous étions assez nerveux ! Je pense que c’est normal quand il s’agit du premier. C’est l’inconnu. Nous avons emménagé dans un appartement plus grand, qui comportait une chambre d’enfant. Quand la décision a été prise, je suis rapidement tombée enceinte. 

Ma grossesse a été une magnifique expérience. Je me suis sentie connectée très vite avec ce petit être. Je l’ai aimé dès les premiers instants. Le corps de la femme est impressionnant. Je me sentais belle. Mes cheveux, ma peau, tous étaient plus beaux que jamais. En revanche, j’ai eu du diabète gestationnel et je me suis beaucoup inquiétée. Le confinement a aussi été difficile pour nous. Nous avons été isolés de notre famille à l’étranger. Mes beaux parents se sont retrouvés coincés en Angleterre, mon père en Iran et ma mère était déjà malade. Lors de cette période, nous n’avons pu accueillir personne à Berlin. 

Pour le prénom, on était à la recherche d’un nom rare, original et plus ou moins simple à prononcer dans n’importe quel pays. Mon fils s’appelle Damun. Cela signifie forêt dense, mystérieuse et magnifique…

Le jour de mon accouchement, j’ai eu l’intuition dès le réveil que ça serait pour aujourd’hui. J’ai dit à Faheem “ ça va être ce soir, je le sens”. On a préparé la valise de maternité, et vers 10h du soir, les contractions ont commencé. Elles se faisaient de plus en plus rapprochées et douloureuses, ce n’était pas comme d’habitude. Je sentais qu’on manquait de temps, le bébé allait arriver plus vite que prévu. Soudainement, j’ai perdu les eaux dans l’ascenseur. Heureusement, l'hôpital était à trois minutes seulement de la maison. J’avais vu juste, Damun était engagé dans le bassin. Deux heures après, il était parmi nous. Plus tard, ma sage-femme m’a expliqué que mon accouchement avait été extrêmement rapide et précipité. En cela, il a été très douloureux car nous n’avons pas eu le temps de poser la péridurale. J’ai tout ressenti. Jusqu’à la dernière minute. Je souffrais, je poussais à m’en faire mal. Mais une fois Damun lové dans mes bras, toutes les douleurs sont parties. Je ne garde en mémoire que l’amour fusionnel envers mon bébé.

Néanmoins j'aurais aimé être un peu mieux encadrée. A cause du Coronavirus, il n’y avait pas assez de sage-femmes et de médecins lors de mon accouchement. Avec Faheem, on avait parfois l’impression de faire un accouchement à la maison. C’est le seul à ne pas avoir quitté la salle d’accouchement. De temps en temps on avait la visite d’une sage femme qui faisait des allés retours. Elle semblait avoir d’autres préoccupations. Aucun médecin n’a été disponible lors de la poussée. J’ai pu être consultée seulement trois heures après la naissance de Damun. 

 

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Media, Faheem et leur fils Damun 

 

Devenir maman a donc été physiquement et mentalement très intense. Je l’ai vécu comme un petit traumatisme lié à la pandémie. Avec le recul, je suis vraiment très reconnaissante que tout se soit bien passé. J’ai guéri et mon fils va bien. J’ai de la chance d’avoir un mari qui me soutient dans toutes ces épreuves. 

Le retour à la maison  a été formidable. J’avais besoin de me reposer, d’avoir la paix, loin du protocole sanitaire de l'hôpital et sans l’interruption des sage-femmes qui cherchaient sans répit à savoir si j’avais enfin réussi à allaiter ou non ! Sur le moment, je n'ai ressenti aucun baby-blue. Ce dernier s’est fait à retardement, au troisième mois de mon fils. Jusque là je prenais sur moi, le confinement nous coupant de l’aide de notre famille, nous étions seuls et je devais rester forte. 

Les semaines passant, le manque de sommeil est devenu un état permanent, la fatigue s’est installée. Mon allaitement a été très difficile à mettre en place malgré l’aide d’une sage-femme à domicile. J’étais épuisée. Je voulais bien faire, mais je puisais dans le peu qui me restait d’énergie. On peut parler d’acharnement. L’épreuve physique que je venais de vivre ne m’a pas aidé. Je ne produisais pas assez de lait. Sans doute à cause de la fatigue, l’angoisse de devenir maman pour la première fois. J’avais du mal à me relaxer. Nous n’avons eu que très peu de visites à cause du confinement. J’étais dans un cercle vicieux. Je voulais tenir bon, mais sans aide, cela ne fonctionnait plus. Cette aventure lactée a duré trois mois. Je suis heureuse d’avoir pu lui donner une base pour son système immunitaire. Mais j’ai aussi compris qu’allaiter n’est pas obligatoire. Je me suis mise une énorme pression. Physiquement et mentalement. Je suis devenue insomniaque. A tel point que je me suis faite hospitaliser pour une cure de sommeil sous médicaments. J’y ai dormi six jours. J’ai médité, pratiqué ce qu’on appelle une “energy therapy”. Plus jamais, je ne me mettrai dans une situation pareille. Depuis, je vais bien. Je remercie chaque jour Dieu, l’univers, la nature de m’avoir rendu la santé. C’est pourquoi, j’aimerai dire à toutes les futures et jeunes mamans que “vous êtes déjà la meilleure pour votre bébé. Vous n’avez rien à prouver à personne. Vous ne serez pas une mauvaise mère si vous refusez d’allaiter. Vous ne devez pas faire autant de sacrifices. Votre sommeil est primordial. Ecoutez vos maris quand ils vous disent de vous reposer ! Ils sont là pour vous aider”. 

Depuis j’ai évolué en tant que jeune maman. En huit mois, j’ai compris que je n’avais pas à arrêter de vivre pour mon fils. Il n’est plus question de me priver volontairement de sommeil. Avant, je n’arrivais pas à lâcher prise. J’avais besoin de l’observer quand il dormait pour être sûre que rien ne lui arrive dans la nuit. Un rien m’angoissait. Un soir en le tournant, j’ai découvert du sang sur son oreiller, J’ai eu l’angoisse de ma vie, de peur que le sang provienne de son oreille. Je suis allée à l'hôpital immédiatement. Après avoir attendu des heures derrière mon masque, l’urgentiste a regardé mon fils et m’a dit “il n’a rien, il s’est juste gratté avec son ongle !” Cette situation était assez grotesque et elle m’a appris à être moins en panique tout le temps.

Au fur et à mesure, j’ai aussi commencé à comprendre qu’une maman heureuse vaut mille fois mieux qu’une maman fatiguée et tout le temps angoissée ! Désormais quand j’ai besoin, j’ai des nounous et des baby sitters qui viennent à la maison quelques heures pour que je puisse penser à moi. Lire, écrire, prendre un café ou un verre avec des amis ou juste me sentir reconnecter avec moi-même ! C'est très très important ! Ce n’est pas toujours évident pendant le covid mais il faut chercher d’une manière ou d’une autre à prendre du temps pour soi. Cela ne nous rendra que meilleures mamans. 

Aujourd'hui, mon fils et moi, nous sommes la dream-team ! Il m’est impossible de mettre des mots sur l’amour qui s’est installé entre nous. Parfois, je n’arrive pas à croire qu’il est là ! Lui aussi m’apprend beaucoup de choses. Grâce à lui, j’expérimente la patience, j’arrive également à vivre le moment présent. Je suis devenue une meilleure version de moi-même. Je suis heureuse. 

Je pense que cette grossesse, cet accouchement et le fait de devenir parents en pleine pandémie nous a rapproché mon mari et moi. Je suis vraiment fière d’avoir mon mari dans ma vie et je suis si contente de voir chaque jour que c’est un papa formidable.

J’aimerai transmettre à mon fils la notion de l’amour. C’est le plus important pour mon mari et moi. Peu importe la culture et la langue que nous parlons. Mon fils est moitié pakistanais, moitié iranien. Nous lui parlons anglais et allemand. Son papa est presque trilingue, moi-même je suis quadrilingue. Il a presque fallu choisir la langue maternelle que nous souhaitions lui inculquer ! Cette décision a été difficile. Je ne parle plus iranien depuis longtemps. Je me sens plus à l’aise avec l’allemand. Plus tard, j’aimerai lui apprendre la culture iranienne. De la cuisine, aux incroyables poèmes persans, j’aimerai lui transmettre nos traditions. Il en est de même pour son papa, il aimerait lui parler de Hong Kong et de la culture pakistanaise, sa délicieuse cuisine et ses vêtements magnifiques. Notre rêve, une fois la pandémie passée, sera de l'emmener découvrir par lui même les pays de notre enfance !"

Media Habibzadeh

 

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Media, Faheem et leur fils Damun