Dans la Maison de...India Leclery

India Leclery est stratégiste digitale chez Emilie Meinadier Consulting à Paris, un bureau de correspondance pour de grands titres américains et une agence de conseil pour talents. Alors qu’elle traverse un drame familial en perdant soudainement sa maman, India fait son entrée dans la maternité. Entre deuil et joie d'accueillir sa petite fille, elle s'interroge sur le cycle de la vie. Et si, finalement, on ne parlait pas de fin mais de continuité ? Elle raconte.

 “Je suis parisienne. For real ! Je suis née dans le 15ème. Aujourd’hui, nous sommes tous les trois installés dans le 19ème, juste à côté des Buttes Chaumont. Changement d’ambiance. J’ai également vécu trois ans à Londres mais je suis toujours revenue vers Paris. Avec le recul, la France est parfaite pour fonder une famille. Que cela soit pour la santé, les écoles ou le confort de vie.

Je suis issue d’une famille assez excentrique. D’un côté, il y a  ma famille vietnamienne, très à cheval sur le travail. De l’autre, une famille plus mondaine et très axée sur la philosophie du “YOLO”. A l’image de cette ambivalence, j’essaie de faire perdurer quelques traditions vietnamiennes à la maison, toujours dans la transmission de la joie de vivre. 

Mon arrière-arrière grand-père André Levy a créé André pour chausser les ouvriers français issus de l’immigration avec du cuir de qualité. Mon nom de famille devrait être Levy mais il a été changé des suites de la seconde guerre mondiale. 

Je travaille dans le digital chez EMC. C’est un bureau de correspondance pour de grands titres américains comme le New York Times, W magazine  ou Town & Country. Nous conseillons également des talents souhaitant se faire une place dans l’univers du luxe et de la mode.

J’ai rencontré Adrien, l’homme de ma vie, grâce à un ami en commun. Nous nous sommes pourtant croisés plusieurs fois autour de nos vingt ans avant de flasher l’un sur l’autre. C’est drôle car il vivait à quelques minutes de chez moi, dans la rue de mon école. On a sûrement dû se croiser des millions de fois plus jeunes. Ce n’était pas un coup de foudre. Je dirais plutôt que nous nous sommes apprivoisés. Nous avons attendu de grandir avant de nous lancer dans une aventure ensemble. Ce n’était pas gagné d’avance car il étudiait en Belgique et je venais de rentrer à Paris. Nous allons bientôt fêter nos dix ans. Time flies ! Aujourd’hui, nous formons une famille. Une nouvelle famille. Depuis quinze mois, nous avons accueilli notre fille,  la petite Nico, dans nos vies. 

La découverte de ma grossesse a été une grande surprise ! J’étais à New York avec EMC pour le travail. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais malade. J’ai poursuivi mon voyage en Colombie pour rendre visite à mon frère. Tout ce qu’il y a de moins conseillé pour les femmes enceintes entre le Zika et les autres maladies... Après une plâtrée d’examens pour comprendre ce qui n’allait pas, un simple test de grossesse a enfin levé le mystère ! J’ai adoré porter ce bébé. Entre le repos, les séries, les balades et tout le monde aux petits soins. J’ai très bien vécu cette étape mis à part les transports en commun et les gens malpolis !

Un mois avant d’apprendre que j’étais enceinte, j’ai perdu ma maman. Dans mon entourage, j’étais la première à tomber enceinte et à perdre sa mère simultanément. C’était très dur. Je me suis sentie isolée. J’ai eu la chance d’être bien entourée pour affronter ce drame. J’ai reçu l’aide et le soutien de ma famille, de mes amis et même d’une psychologue conseillée par l’hôpital où ma mère est décédée. 

Mon conjoint, Adrien, a été mon roc. Il a été fort pour deux quand je n’en avais pas la force. Il a toujours été là. Présent et à l’écoute de mes souffrances et de mes doutes. Grâce à beaucoup de patience, il a réussi à me supporter. Je ne suis pas sûre que moi-même j’aurais pu en encaisser autant. 

En plus d’avoir des fins thérapeutiques, ce témoignage me permet de lui dire “merci mon amour”. 

Pendant toute ma grossesse, j’ai essayé de rester positive malgré de grands moments de faiblesse et de tristesse. Ma plus grande peur était de transmettre ma peine à ma fille. Je vous rassure, ma fille est tout ce qu’il y a de plus joyeux. Je suis soulagée. J’ai enfin accepté qu’il y ait une belle symbolique derrière le cycle de la vie. Une mort, puis une naissance qui m’a fait renaître. C’est très abstrait mais cela m’aide à continuer. Lorsque je vois les traits de ma mère en Nico, tout fait sens. Ce n’est pas qu’une fin, c’est une continuité. 

J’ai accouché autour de Noël et des grèves des transports qui avaient, à l’époque, assailli Paris. Cela m'a valu de ne pas être prise en charge par l’obstétricien qui me suivait. J’ai subi une césarienne d’urgence après un déclenchement et de longues heures de travail. Le premier choc suite à cette intervention a été de ne pas pouvoir tenir ma fille tout de suite. Je me suis retrouvée seule quelques minutes alors qu’Adrien était dans la salle d’à côté pour effectuer les contrôles pédiatriques. Ces minutes m’ont semblé être une éternité. On en parle lors des cours de préparation, mais c'est autre chose de le vivre. On se sent bien seule à ce moment-là. 

Nous avons aussi eu une petite frayeur lorsque tour à tour nous avons vu toutes les autres mamans quitter avec leur famille la salle de réveil. Moi, je restais… On ne venait pas me chercher. J’attendais avec Nico et Adrien. Les sage-femmes passaient et me demandaient «  Vous ne sentez toujours pas vos jambes ? » Heureusement, tout allait bien. Plus de peur que de mal. Les effets de la péridurale avaient juste mis plus de temps à se dissiper.

Une fois l’accouchement passé, j’ai eu comme un sentiment de plénitude. Une sensation qui est venue annuler les douleurs physiques tels que les interminables maux de dos des derniers mois. Tout cela avait disparu et semblait lointain. Ce petit être a illuminé mon existence. J’ai voulu en faire beaucoup dès le départ. Grâce à l’anesthésie, j’en oubliais la cicatrice de ma césarienne. Je me suis vite calmée… Je conseille aux autres mamans de vraiment se ménager dans les premiers jours après une telle opération. 

A la maternité on reçoit beaucoup de conseils de sages-femmes et par la suite d’amis. Souvent contradictoires… C’est important de comprendre que personne ne détient la vérité absolue. Il faut faire son petit marché. Prendre un conseil par ici, par là et faire sa propre recette pour élever son enfant. Il y a un travail d’analyse des données important pour ne pas se laisser influencer et faire valoir ce que l’on veut. Il faut vraiment suivre et faire imposer son instinct.

Ma mère m’inspire chaque jour dans mon quotidien de maman. A chaque minute. Chaque seconde. Chaque acte. J’essaie de me rappeler ce que ma mère faisait. Je me demande ce qu’elle aurait fait à ma place. Tous ces souvenirs se bousculent. Après avoir passé une grande partie de mon deuil à penser à la très douloureuse fin de sa vie, je me remémore désormais les bons moments que nous avons partagé et que je souhaite reproduire avec ma fille. Je commence enfin à voir la lumière. Je réalise à quel point j’ai eu la chance d’avoir ce modèle et je regrette de ne pas lui avoir dit plus souvent à quel point c’était une bonne mère.

J’ai une relation assez fusionnelle avec ma fille. Nous avons une grande complicité. Nous nous comprenons. Même si Nico ne parle pas encore beaucoup, les échanges se font très naturellement. J’ai toujours craint la relation mère/fille car malgré tout le bonheur que j’ai eu avec ma mère, j’ai toujours eu peur du conflit. Pour l’instant, tout se passe merveilleusement bien. J'espère que cela continuera, même à l’arrivée du légendaire «  terrible two » ou de la crise d’adolescence !

Son père a une grande place dans sa vie. Le partage des tâches est très égalitaire. Il est très impliqué. Papa gâteau total et même si nous avons chacun une relation différente avec notre fille, j’aime dire que nous sommes un trio. Uni à jamais pour faire face aux péripéties de l’existence. Je souhaite transmettre à Nico cette force que ma mère m’a inculquée. Qu’elle ait les bons outils pour faire face à ce qui l’attend : la vie !

India Leclery

 

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