Dans la Maison de... Caroline Sciamma-Massenet

Depuis 2016, Caroline Sciamma-Massenet est fondatrice et directrice artistique du label engagé pour l’environnement, SKIIM Paris. Installée depuis 8 ans à Londres, avec son mari et ses enfants, elle raconte comment concilier vie de famille et vie professionnelle. 

“Ma famille. Ma priorité. Je suis maman d’un jeune garçon issu d’un premier mariage qui a maintenant douze ans, Joshua. Il est dans une école bilingue à Londres. Son frère Leonardo a quatre ans. Il est le fils de mon second mari, avec qui, je partage ma vie depuis maintenant neuf ans. Avec Arnaud, nous nous sommes rencontrés lorsque j’habitais encore à Paris. De son côté, il a eu deux filles, Isabella, vingt et un ans, et Ava, quinze ans. Elles habitent toutes les deux New York depuis septembre dernier. Cela a été difficile au début, notre équilibre familial a été bousculé. Heureusement, elles viennent souvent nous voir. Tout le monde s’adore et s’entend bien. On a réussi. Nous sommes une famille recomposée, une “modern family” comme on les appelle.

Pendant deux ans, nous avons essayé de concevoir Leonardo. Pour l’anecdote, je voulais à tout prix être maman avant mes quarante ans. Le compte à rebours était lancé ! Neuf mois avant mon anniversaire, nous étions en Sardaigne. Cela n’a pas fonctionné… et engendré de grandes frustrations. Le mois suivant, je suis tombée enceinte grâce à seulement dix jours de piqûres d’hormones. J’ai accouché une heure avant mes quarante ans, trois semaines en avance. Finalement, j’ai gagné !

Je fais de petits bébés. Mon premier est né à deux kilos trois et mon second à deux kilos un. Pour les deux, j’ai respectivement pris neuf et quinze kilos. J’ai allaité pendant un mois et demi. J’ai adoré ça. C’est une communion unique avec son bébé. J’ai perdu mes kilos de grossesse très rapidement, grandement motivée par l’approche de mon mariage avec Arnaud. Trois mois et demi après la naissance de notre fils, nous avons célébré l’amour en Italie. Une cérémonie sublime. Être enceinte donne une force immense. C’est là que j’ai commencé à dessiner, à me renseigner. SKIIM est née pendant cette période. Je me suis dépassée. 

J’ai toujours travaillé dans la mode. Un milieu qui me passionne et dans lequel j’ai pu explorer de multiples facettes. Lancée par un photographe, j’ai commencé à dix-sept ans par le mannequinat. J’ai remporté le concours Ford en France. Puis, j’ai voyagé : Milan, Miami, Londres, New York où je suis restée huit ans... Une période intense. Je suis rentrée à Paris avec ma meilleure amie Mélanie Huynh. A cette époque, elle travaillait chez Vogue comme styliste. Elle m’a invité à l’assister et nous avons travaillé ensemble pendant quatre ans. Nous avons quitté la rédaction suite au départ de Carine Roitfeld par loyauté. On a été freelance. On a eu un agent. On a fait le tour du monde des Vogue, des défilés, des campagnes comme l’Oréal et Givenchy. De ces expériences, j’ai appris énormément, aux côtés des plus grands photographes, mannequins, makeup artists, coiffeurs... Ce 360° m’a beaucoup aidé pour développer mon projet personnel. 

J’ai quitté Paris pour m’installer à Londres avec mon mari. Je continuais à travailler avec Carine. J’ai été editor at large pour le CR Fashion Book pendant six mois. J’avais envie de prendre mon envol. Cependant, je ne me sentais pas encore à la hauteur. Mon projet n’était pas encore bien défini. A Londres, je me suis vite rendu compte que mon mari connaissait beaucoup de monde. Je me sentais toute petite… J’ai alors senti le besoin de me ressourcer. J’ai choisi la retraite Hoffmann, une thérapie de développement personnel. Une semaine pour soi, sans téléphone, sans rien. Ce fut un déclic. Mes peurs sont parties. J’étais toute neuve. Je me suis sentie pousser des ailes. J’avais une vision plus claire de ce que je voulais faire.

Aujourd’hui, je suis directrice artistique et designer de SKIIM. Je dessine mes modèles en Toscane dans notre maison de vacances, où je suis dans ma bulle, au calme, loin de tout. Cela me permet de me concentrer. A Londres, c’est une autre histoire ! Entre l’école à la maison, les livraisons, l’administratif, c’est plus compliqué. Mais, on fait avec. Les femmes sont fortes pour faire plusieurs choses à la fois. On est multitask !

SKIIM est une marque consciente et responsable. J’ai commencé par le cuir. On pense à tort que le cuir n’est pas sustainable car c’est de l’animal. Pourtant, c’est le plus naturel. Il faut savoir que le cuir synthétique, c’est tout le contraire, c’est du plastique. Nous faisons donc beaucoup de pédagogie pour expliquer la différence entre le cuir vegan et le cuir naturel. Le seul cuir vegan naturel, c’est celui fabriqué à partir de raisin. Ceux à base d’ananas et de champignons sont faits avec du plastique. 

Arizona Muse fait mon consulting. Elle m’aide à prendre les décisions business dont notamment le sourcing, le packaging, la dimension responsable de SKIIM. Je suis engagée, je pense à l'environnement et au futur de mes enfants. Il y a désormais une vraie résonance à ce sujet dans le monde. Je pense qu’il y a de l’espoir ! Il faut acheter moins mais mieux. Au printemps, je lance une collection en tissu éco responsable. SKIIM grandit organiquement mais sûrement. Les femmes en raffolent, c’est chic, cool, timeless, à la fois classique et dans l’air du temps. Créer sa marque, c’est comme faire un bébé. Il faut de la patience. C’est même plus de travail ! Il faut tout faire toute seule. Être à la création, savoir déléguer, manager, définir sa vision… 

La famille passera toujours en premier. Mon conseil pour être une femme heureuse c’est d’avoir une passion. Pour ma part, c’est mon travail. Il faut équilibrer ses activités entre celles qu’on aime et les autres pour éviter de ramener le stress à la maison. Il faut aussi s’octroyer des moments à soi en tant que femme. Une maman heureuse et épanouie fait des enfants heureux. Ce sont de véritables éponges émotionnelles. Les enfants s’adaptent à tout, ils ne vont jamais vous reprocher de trop travailler. Je les emmène de temps en temps au bureau pour leur montrer ce que je fais, les intéresser. Ils comprennent tout. 

Il faut encourager les enfants et ne pas leur ajouter de pression. Il existe des méthodes. Prenez les choses comme un jeu et ils vous le rendront. 

Lors de mon premier mariage, je me suis oubliée en tant que femme. J’ai tout donné à mon enfant. J’avais arrêté de travailler. Une distance s’est installée entre mon ex-mari et moi. Le désir s’en allait. Aujourd’hui, on est très amis.

C’est très important quand on est maman, de garder des moments de couple. Il faut prendre soin de soi et de son mari. C’est un équilibre à trouver. Les maris, c’est un peu comme des bébés !

Être créatrice et maman c’est un challenge supplémentaire en période de pandémie. On en sortira plus fort. Il y a une vraie prise de conscience sur nos modes de vie et ce qu’on laisse à nos enfants. En ce sens, ce contexte peut être très positif. Consommer moins, consommer mieux. Respecter, admirer la nature. Faites des bébés c’est ce qu’il y a de plus beau au monde.”

Caroline Sciamma-Massenet

 

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