Dans la Maison de… Anne de Roquefeuil

Anne travaille pour un bureau de presse très réputé dans la mode. Un beau jour, elle et son mari, Arthur, décident que c’est le bon moment pour avoir un enfant. Quelques mois passent, puis, un matin, l’intuition parle. Anne achète trois tests de grossesse. Tous positifs. Le bonheur les submerge. L’ apparition des fameuses deux barres sont plus réelles que jamais. Pour de vrai. Anne fait face à ce moment-là à une première vague d’émotions. Le début d’un parcours intense, marqué par un accouchement difficile qu’il faudra accepter pour nouer le lien aujourd’hui si fort avec sa fille Alma. 

Elle nous raconte.  

« Je me suis écroulée dans la cuisine, pleurant toutes les larmes de mon corps, face à ce test de grossesse, aux côtés de mon chien Marcel. Celui qu’on appelle aujourd’hui le grand frère.

J’ai accouché le 24 Juin dans le 20ème arrondissement de Paris. J’ai été déclenchée. Un déclenchement qui a duré 48h. Après plusieurs mois d’une grossesse paisible, les médecins se sont alertés sur le poids du bébé. Ils me disaient « il est gros ce bébé, il est gros ».  A la troisième échographie, deux mois avant le terme, on m’annonçait que ma fille avoisinait déjà les trois kilos. J’ai donc été programmée pour un déclenchement, de peur qu’ Alma n’atteigne les cinq kilos à sa naissance. Une initiative qui a fini en césarienne d’urgence. Le col à huit centimètres, ma tension a chuté et ma fille voyait son rythme cardiaque diminuer. Les médecins ont lancé le code rouge. J’étais tétanisée. J’ai pensé au pire. J’ai entendu les docteurs pousser mes organes, les outils s’entrechoquer, je me suis sentie ouverte sur la table. Paradoxalement, pendant toute ma grossesse, je ne voulais pas accoucher naturellement. J’ avais une peur bleue. Je voulais une césarienne. 

Alma est née à trois kilos trois. Trois semaines avant le terme. Le cabinet d’échographie avait faux sur toute la ligne. J’étais épuisée de l’accouchement, shootée de la péridurale, peut-être trop pour prendre conscience de cette erreur de diagnostic. « Tout ça » pour « seulement » trois kilos.  

On m’a présenté Alma toute habillée en salle d’opération. J’ai mis instinctivement ma main sur son ventre. Loin du peau-à-peu tant fantasmé, j’ai pourtant regardé mon mari, les larmes aux yeux et je lui ai dit « elle est tellement belle ». Je suis restée une éternité sous surveillance en salle de réveil. J’ouvrais parfois un œil, à moitié endormie. J'apercevais de temps en temps un médecin appuyer de toutes ses forces sur mon ventre pour vérifier que j’allais bien. Je me sentais brutalisée. C’était violent. J’aurai aimé que l’on m’informe au préalable de cette intervention.

Le reste du séjour, j’ai bénéficié d’un cadre idyllique, les sages-femmes étaient fantastiques. Elles ont néanmoins senti un malaise et m’ont proposé une consultation psychologique à la maternité. Peu familière avec ce genre de démarches, j’ai préféré décliner. Je voulais avant tout être présente pour mon bébé. Je souffrais beaucoup, j’avais du mal à me mouvoir. Je me suis mise au second plan. Alma était ma priorité. Je suis restée seulement trois jours à l’hôpital. C’était la canicule. Il faisait 40°C dans la chambre. Je n’en pouvais plus. Les médecins voulaient libérer l’espace, j’ai alors sauté sur l’occasion. J’ai dit que j’étais capable de rentrer. Au fond de moi, je savais que je n’étais pas prête. J’étais pliée en deux. Je souffrais. Je suis sortie de la clinique avec du doliprane. Par la suite, ma gynécologue m’a prescrit de la morphine pendant trois semaines.  

A la maison, nous avons posé le cosy par terre. Arthur et moi avons échangé un regard. On était perdu. Nous étions loin de l’image que l’on se faisait de ce retour à trois. Je souffrais tellement. Je m’étais imaginé une arrivée cocooning avec Alma dans mes bras. La réalité était tout autre. Je me sentais coupable. Alma pleurait et je ne pouvais pas me lever. Les premiers jours, Arthur a pris le relais. C’est lui qui m’a montré comment changer les couches. Tout de suite, il a eu un rôle très important. La nuit, quand Alma pleurait, je ne me réveillais pas. Je n’entendais pas les pleurs de ma propre fille. Est-ce que j’avais le baby blues ?

 

MAISON YAYA - Dans le Maison de...Anne de Roquefeuil

 

J’ai vite compris qu’au-delà de la chute hormonale, je glissais peu à peu dans une dépression post-partum. J’étais en état post traumatique des suites de mon accouchement. J’ai tenté une psychanalyse classique. J’ai détesté. Cette méthode n’était pas pour moi. J’avais besoin d’emmener ma fille et mon chien se promener. On allait aux Buttes Chaumont. Marcher était salvateur. Je me réappropriais mon corps. Je reprenais confiance. Les podcasts et témoignages similaires d’autres Mamans m’ont également beaucoup aidé. Je suis une grande fan de Bliss. C’est dans l’un de ces audios que j’ai découvert l’EMDR. Une technique d’hypnose utilisée sur les soldats traumatisés. J’ai contacté un praticien à Paris. Elle n’a pas minimisé mon cas, chaque histoire est différente après tout, même s’il existe toujours pire. J’ai mon premier rendez-vous la semaine prochaine. J’ai hâte de commencer. Depuis peu, je vois la lumière au bout du tunnel. Tout passe. Parfois on croit que l’on ne s’en sortira jamais. Mais tout passe. Et c’est vrai. Même les nuits trop courtes, on oublie. Le sourire de nos enfants est capable de balayer bien des maux.  

Ma fille Alma, ma récompense, en vaut la chandelle. Alma est la plus belle chose qui me soit arrivée. On apprend à se connaître. Notre relation est très fusionnelle. Quand je travaille, elle me manque énormément. Je cours chaque soir pour la retrouver. A dix huit heures, c’est une deuxième journée qui commence. La meilleure. 

Je sais dorénavant profiter de moments rien qu’à moi mais le weekend je n’ai qu’une envie, c’est d’être avec mon bébé. Son père est fou d’elle. Elle est ma plus grande fierté. Il faut profiter de chaque instant. Nos enfants grandissent si vite.

Aujourd’hui, j’aimerai dire aux jeunes mamans qu’il n’y a pas de normes. On donne naissance pour la première fois. On devient Mère. Être parent, s’apprend. Aussi, il faut parler. A ses amis, aux sages-femmes. Ne pas avoir peur d’être incomprise. Nous sommes légitime. Ne vous oubliez pas.”

Anne de Roquefeuil

 

MAISON YAYA - Dans la Maison de...Anne de Roquefeuil

 Anne, Arthur et leur fille Alma